Boucles brunes et des nœuds plein la tête!

Take all your problems
And rip ’em apart
Oh Oh Oh
Carry them off
In a shopping cart
Oh Oh Oh

Galway-Dublin en bus sous une pluie de juillet, la batterie de mon portable est vide et j’en suis réduite à écouter deux californiennes qui discutent soins capillaires derrière moi. Elles ont des accents de Valley-Girls, gorgés d’un soleil qui n’a pas sa place de ce coté de l’Atlantique. Et puis surtout, elles m’énervent. La voix la plus aigue est catégorique : les coiffeurs sont la race du mal et les séchoirs l’instrument du diable. D’ailleurs ca fait 5 ans que sa chevelure n’a pas vu de peigne.

Pas besoin de me retourner mais je le fais quand même pour trouver un joli visage encadré par un magnifique rideau de cheveux lisses, comme un chatoyant halo de soie. Sous ma tignasse ébouriffée je frémis de jalousie en pensant à toutes les fois où mes cheveux sont partis en guerre, subi brushing et plaques de céramique, lissages chimiques et aérosols asphyxiants, sans que jamais, mais vraiment jamais, je ne sois aussi bien coiffée que cette fille dans le bus, en fin de weekend à la campagne, un jour de pluie.

Dans les pubs, les jolies filles sèchent leurs cheveux mouillés au dessus d’une bouche d’égout. Moi c’est plus compliqué. Tout, en général, pour moi, est plus compliqué. Du moins c’est ce qu’on m’a dit souvent: « Tu es trop compliquée, tu compliques tout ». La phrase méchante qui racle l’air comme une injure pour me faire taire. Comme si je le faisais exprès de ne pas vouloir être lisse et simple.

Cut up your hair straighten your curls
Well, your problems hide in your curls

Ils ont raison Meg et Jack, dans ma tête comme dessus, ça frise, ça boucle. Ça pousse lentement, en hésitant parce que ça ne sait pas ou aller, ça fait des noeuds et puis ça s’envole tout les mauvais sens. Ca s’énerve, ça s’exprime, c’est imprévisible et pas toujours joli, ça réagi mal au brossage, même dans le sens du poil et puis et ca s’électrise. Ça tourne en rond trop souvent, parce que je n’aurais jamais l’assurance ni l’évidence de la californienne aux jolis cheveux.
Ce n’est pas faute d’avoir essayé, ma toison noire je l’ai voulue bleue ou rousse, je l’ai voulue lisse et soyeuse, j’y ai ajoute des extensions qui m’arrachaient le scalp, je l’ai tuée à la Kératine et quand j’en ai eu vraiment marre, je me suis rasée les tempes pour mieux m’énerver quand ça a repoussé n’importe comment.

Ma théorie n’a fait que s’affirmer avec le temps et maintenant j’en suis sure, au risque de paraître plus niaise que je le suis: dans la vie, il y a les filles qui ont du mal a se coiffer, et puis les autres.

J’ai toujours voulu ressembler aux autres. Celles qui ne passent pas trois heures devant le miroir pour un résultat pitoyable. Celles qui peuvent se lâcher les cheveux sans « faire désordonné » comme dit ma mère. Enfants, elles avaient des bandeaux mignons, et moi des queues de cheval, souvent mal faites. Occasionnellement, j’avais droit a des millier de petites nattes : a droite, la femme de ménage éthiopienne qui travaillait chez mes parents striait mon crâne a toute vitesse et d’une main experte ; a gauche, plus laborieusement, ma mère tentait de l’imiter. J’aimais bien ça mais j’aimais moins la curiosité antipathique des autres personnes et leurs rictus débile en commentant sur mon « originalité » avec des « yiii chou mahdoumé » un peu jaunes.

Parce que je ne voulais pas être originale. Je voulais etre comme les autres.

Un soir de Sainte Barbe, pour compléter un costume de Morticia Adams, le premier brushing professionnel de ma vie a été une véritable révélation. L’adolescente pas très soignée que j’étais est vite devenue accro au brushing à 5.000 livres libanaises offert par beaucoup de coiffeurs à l’époque. D’innombrables passages plus tard, j’ai aujourd’hui plus rarement envie de me faire bruler le crâne de façon regulière, mais je reste fascinée par ces usines de quartier qui lissent lissent lissent a la chaine, dans le bruit des séchoirs et du générateur, l’odeur de brûlé et la chaleur, toute la journée. Chez Simon, Baha, Toni, Khalil, (Pour une raison qui m’échappe, les professionnels de l’esthétique se passent de nom de famille), on lisse, on répare des petits désastres (surtout les miens, quand je me coupe les cheveux moi-même en pleine crise de nerf nocturne), on crie parfois « Walaw demoizel Haram! » si les cheveux courts ne sont pas a la mode. On rajoute des extensions blondes en servant du café et en discutant de la soirée a venir. On fait venir l’esthéticienne pendant que la teinture teint et on allume une cigarette sans demander la permission. On s’impatiente quand une autre cliente passe avant et on lit des anciens numéros de Mondanité. Moi j’aime regarder les femmes qui se regardent, quand elles draguent le shampouineur de 16 ans et quand ca sent bon le cheveu brulé.

Mais je m’égare et l’américaine derrière le bus m’énerve encore. Elle me rappelle une amie, blonde lisse et américaine aussi, qui se coupait la frange elle-même. Bien sure, pour elle c’était facile. Nous étions toutes les deux étudiantes à Londres et fauchées. Par peur de paraître futile, je jugeais nécessaire de lui cacher que je maintenais ma coupe pixie bouclées chez un coiffeur hors de prix de Knightbridge parce que tout est plus compliqué quand les cheveux frisent. Mon amie américaine comme nos voisines indiennes aux chevelures de rêve n’auraient pas compris. Elles « adoorent » mes boucles et ne comprennent pas le fardeau qui vient avec.
Ou peut-être que c’est vraiment moi. Cheveu frisé ou pas.

…your problems hide in your curls

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Not my finest post but I’m thinking of writing in French every now and then, hopefully next time I’ll be less rusty.

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2 thoughts on “Boucles brunes et des nœuds plein la tête!

    • Thank you 🙂 It’s weird how some things will only come out in French. Struggling with Arabic at the moment as only the Lebanese vernacular could work and I’m not sure it makes a lot of sense in the written form… work in progress 😛

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